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    Maison Pachkov

    La Maison Pachkov (En russe : Дом Пашкова) est l’un des plus célèbres bâtiments de la capitale russe. Du haut de la colline Borovitsky, ce chef d’œuvre du classicisme russe du XVIIIe siècle surplombe la ville, offrant une vue imprenable sur le Kremlin. Aujourd’hui la propriété de la Bibliothèque Lénine, pour laquelle elle abrite plusieurs collections, elle est devenue un grand centre culturel, accueillant de nombreux événements et expositions.

    Estimation du temps de lecture : 12 minutes

    Adresse :Vozdvizhenka ulitsa, 3/5c1
    Fin de construction :1786
    Architectes :Vassili Bajenov
    Style :Néoclassique
    Site officiel :www.rsl.ru

    Histoire de la Maison Pachkov

    La construction de la Maison Pachkov

    La maison est commanditée en 1783 par l’homme d’affaires moscovite Pyotr Egorovitch Pachkov. Ce dernier est un personnage fascinant, bien qu’assez peu connu aujourd’hui. Son père, ancien valet de Pierre Ier, retiré à la suite d’intrigues de cour, sous Catherine I, est exilé de Moscou et devient d’abord vice-gouverneur de Voronej, puis gouverneur d’Astrakhan : bien qu’il ne gouverne pas réellement les provinces, il accumule une grande fortune, qu’il laisse ensuite à son fils. Pyotr multiplie son capital en devenant marchand d’alcool, après une carrière de lieutenant-capitaine dans l’armée : on le surnomme alors le « premier roi de la vodka de Russie ». Il fait appel à de grands architectes afin de se construire un palais à la hauteur de sa richesse. Les travaux de construction débutent en 1784, et s’achèvent en 1786. S’il n’existe plus aujourd’hui de sources écrites concernant l’identité de l’architecte qui les supervise, tout laisse à penser qu’il s’agirait de Vasily Bazhenov, l’un des plus grands représentants du classicisme en architecture sur le territoire russe.

    L’emplacement du bâtiment, en face du Kremlin et de la colline Borovitsky, n’a pas été choisi au hasard. La Maison Pachkov était le premier bâtiment privé d’où l’on pouvait observer le siège de l’Etat vu d’en haut, étant située sur une partie haute de la colline Vagankovsky. Il s’agit d’un calcul de la part du propriétaire, Pyotr Pashkov. En effet, il commence dès 1780 à acheter des parcelles de la colline Vaganovsky, que l’on surnommait alors la colline moussue, en usant de tous les moyens (et notamment de pots-de-vin) pour gagner des procès contre les propriétaires fonciers. Il en vient même à saisir de force la parcelle située à l’entrée de l’église Saint-Nicolas de Vagankovo (une église qui a elle aussi une histoire intéressante : c’est en effet ici que venait prier, au XIXe siècle, l’écrivain Nicolas Gogol). Il s’en suit une longue poursuite judiciaire, remontant jusqu’au Sénat : Pachkov sort vainqueur de l’affaire, aidé par le commandant en chef de Moscou lui-même, qui lui fait don du terrain en 1783.

    Pyotr Pashkov finit par s’endetter (à cause de machinations autour de l’approvisionnement en vodka) : à sa mort, il transmet sa maison, ainsi que ses dettes, à son cousin Alexander Pachkov. Le nouveau propriétaire remet rapidement les choses en ordre en épousant l’héritière des mines de cuivre et de plusieurs usines de l’Oural. Sur un caprice de sa femme, Alexandre Ilitch a construit une nouvelle « maison Pachkov » sur la rue Mokhovaya, un manoir pour les bals et les représentations théâtrales, aujourd’hui utilisé comme auditorium pour l’université de Moscou.

    maison pachkov

    Le rachat par la ville de Moscou

    Pendant la Guerre Patriotique de 1812 (à l’heure des campagnes napoléoniennes), le bâtiment subit de nombreux dégâts. Les travaux de restauration sont menés pendant trois ans, de 1815 à 1818. La maison avait été gravement endommagée lors du grand incendie qui s’est abattu sur la ville en 1812 : toutes les archives des Pachkov (qui contenaient notamment des informations sur la construction du bâtiment) ont été brûlées. Une partie considérable des fonds, bien que le bâtiment soit privé, a été donnée à sa restauration par le trésor public, car la maison était déjà le visage de la capitale : le poète Mikhail Venevitinov en parlait déjà comme du « bâtiment le plus gracieux de toute la Russie ». En 1839, le trésor de la ville rachète la maison aux héritiers appauvris de Pashkov. Il a d’abord abrité le Gentlemen’s Institute, puis le gymnase de la ville.

    maison pachkov

    En 1862, le bâtiment accueille la bibliothèque et les collections du comte Nikolai Petrovich Roumyantsev, qui se trouvaient auparavant à Saint-Pétersbourg, dans le musée portant son nom, et qui composent aujourd’hui la base de la Bibliothèque d’Etat russe Lénine. Membre honoraire de l’Académie impériale russe et célèbre mécène, Roumyantsev avait légué l’intégralité de sa collection de livres « pour le bien de la patrie et de l’instruction ». Ces mots peuvent maintenant être lus au-dessus de l’entrée de la salle de lecture qui porte son nom. Entre 1862 et 1941, moment de la construction du nouveau bâtiment de la Bibliothèque Lénine, c’est dans la maison Pachkov que l’on peut venir consulter les 1 200 000 livres et objets historiques de la première bibliothèque publique de Russie. La famille impériale a fait don au musée de certaines de ses bibliothèques personnelles, d’œuvres d’arts décoratifs et appliqués et de peintures, dont « L’apparition du Christ au peuple » d’Alexandre Ivanov.

    En 1870, Vasily Dashkov, le directeur du musée de l’époque, inquiet de l’état déplorable du bâtiment du musée, déclare au ministre de l’éducation que les fonds alloués sont insuffisants et qu’il est « obligé de se tourner vers l’aide privée de marchands. L’argent des donateurs sert à rénover les façades de la Maison Pachkov et à construire des casernes pour les gardiens, des locaux pour la chancellerie, ainsi que les appartements du directeur du musée. Cette restauration est réalisée entre 1925 et 1927, supervisée notamment par l’architecte Alexeï Shchusev.

    Pendant la période communiste, la maison, qui reste un symbole de la folie des grandeurs propre à la bourgeoisie, est le théâtre de nombreux changements. Dans les années 1930, on commence l’élargissement de la rue Mokhovaya : le jardin est détruit et la clôture arrachée. Le blason du comte Pashkov est également retiré, remplacé par les symboles du marteau et de la faucille. Les pièces intérieures sont complètement réarrangées, et servent de salle de lecture pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Un monument du classicisme à la russe

    maison pachkov

    L’aspect impressionnant du bâtiment est dû en partie à l’endroit où il a été construit. La maison Pachkov se trouve sur la haute colline Vagankovsky, comme si elle poursuivait la ligne de son ascension, à l’angle ouvert de deux rues descendantes. La façade principale est orientée vers le côté ensoleillé. Par rapport à la rue, ainsi qu’à l’entrée de la ruelle, la maison ne se trouve pas dans une rue droite, mais quelque peu inclinée : c’est pourquoi on obtient une meilleure vue d’ensemble depuis des points de vue latéraux, plus éloignés. Le bâtiment a une structure intéressante, puisqu’il est composé de trois volumes architecturaux compacts : le bâtiment central et les ailes latérales. La maison à un plan en U, avec une grande cour avant donnant sur la rue Starovagankovsky et non pas du côté de la façade principale : la disposition traditionnelle en est comme renversée.

    La forme de la colline, et la position inclinée de la maison permettent un jeu architectural sur les contrastes : les différentes parties du bâtiment ayant des tailles différentes, adaptées à l’espace, mettant l’accent sur le bâtiment principal. Cette architecture porte l’empreinte de la période baroque (qui précède le classicisme), avec son amour pour l’espace interprété de manière complexe.

    Si le jardin n’existe plus aujourd’hui, il est décrit à l’époque comme un lieu luxueux presque à l’excès, suscitant la curiosité des Moscovites. En 1799, Johann Richter le décrit ainsi : « Il y a deux piscines en pierre avec des fontaines au milieu. Les grilles de la façade de la maison formaient un joli motif. Le jardin, comme l’étang, regorge d’oiseaux étrangers rares. Des oies chinoises, des perroquets de différentes races, des paons blancs et tachetés sont en liberté ici ou suspendus dans des cages coûteuses. Ces raretés attirent des foules de personnes les dimanches et jours fériés. »

    On retrouve la marque du classicisme dans ses façades : celle qui donne sur la rue Mokhovaya se démarque par sa longueur, dans une composition centrifuge. À droite et à gauche d’un bloc central en forme de cube, deux galeries d’un étage sont prolongées et se terminent par des ailes de deux étages, surmontées d’un belvédère circulaire. Ce sont les méthodes préférées de l’architecture classique. Toutes les particularités architecturales de la maison Pachkov ne datent pas de sa construction : elles ont été acquises au fil des rénovations. Osip Bove, célèbre architecte moscovite, à l’origine de la restauration de la ville de Moscou après la guerre, aurait lui-même participé aux travaux après l’incendie de 1812, et serait à l’origine des nouvelles caractéristiques de la façade, qui suscite encore l’admiration aujourd’hui.

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    Ce lieu a de plus inspiré de nombreux écrivains, dont Mikhaïl Boulgakov, qui y fait s’y percher le diable, dans son roman Le Maître et Marguerite : « Au coucher du soleil, au-dessus de la ville, sur la terrasse en pierre de l’un des plus beaux bâtiments de Moscou, un bâtiment construit il y a environ cent cinquante ans, il y avait deux personnes : Woland et Azazello. Ils n’étaient pas visibles d’en bas, de la rue, car une balustrade en plâtre avec des vases en plâtre et des fleurs en plâtre les protégeait des regards inutiles. Mais ils pouvaient voir la ville presque jusqu’en bas… »

    Un lieu de légendes

    Qui est l’architecte ?

    Le premier mystère autour de la construction de la maison porte sur l’identité de son architecte. La maison est probablement l’un de ces bâtiments remarquables dont la construction n’est pas confiée à une seule personne, mais représente le résultat des efforts combinés de plusieurs architectes et ouvriers. L’un d’entre eux est vraisemblablement Vassily Bazhenov, car le style de la maison Pachkov concorde avec ses autres réalisations : cependant, toute la documentation qui aurait pu prouver son implication dans le projet a disparu dans l’incendie de 1812. Mais cette absence de preuve coïncide également avec le moment où l’architecte est tombé en disgrâce, suite au rejet de ses plans pour le palais de Tsaritsyno par Catherine la Grande. On raconte que, offensé par l’impératrice, Bazhenov aurait choisi d’ériger la maison dos au Kremlin, en faisant donner sa façade principale (face à la grande allée menant à l’entrée de la maison) sur la ruelle Starovagankovsky, et non pas devant le Kremlin. Mais heureusement pour les habitants d’alors et les visiteurs d’aujourd’hui, ce choix n’affecte pas la magnifique vue sur le centre historique de Moscou.

    Bibliothèque d’Ivan le terrible

    Sur l’histoire de la colline Vagankovsky elle-même circulent différentes légendes : on rapporte qu’il s’agissait d’un lieu saint pour les anciens Slaves, utilisé pour les enterrements (le personnel de la Bibliothèque Lénine a parfois trouvé d’anciens restes humains dans la cour de la maison Pachkov). Cela correspondrait au lieu de vie de la colonie de peuplement à l’origine de la ville de Moscou, bien des siècles avant la construction du Kremlin. Au XVe siècle, on y construit le palais de Sofia Vitovna, épouse de Vasily I, puis c’est Ivan le Terrible qui s’intéresse à ce lieu, avant de construire le palais Oprichnaya à proximité.

    On raconte que sous la colline se trouve une chaîne de galeries menant à l’ancienne Moscou souterraine, où, selon la légende, la bibliothèque d’Ivan le Terrible serait cachée.

    Hello !

    Le journaliste russe Andrei Karaulov rapporte également qu’en 1993, Mikhail Khodorkovsky, l’ancien dirigeant de la compagnie pétrolière Yukos, a failli acheter la maison Pashkov. L’accord aurait été empêché par un des députés de la Douma, qui en aurait glissé un mot au président de l’époque, Boris Eltsine, en lui disant : « Écoute, Boris Nikolaïevitch, quand tu entreras au Kremlin, Khodorkovski te fera signe du balcon ». Selon la légende, Eltsine est intervenu, et l’accord a donc été annulé.

    maison pachkov

    La maison Pashkov aujourd’hui

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    En 1986, une catastrophe a failli se produire : à la suite de la construction de la station de métro Borovitskaya, les fondations du bâtiment s’effondrent, faisant apparaître d’immense fissures dans le plafond. Bien qu’on mette en œuvre les travaux de restauration presque immédiatement, ils prennent du retard, pour finalement être arrêtés au milieu des années 1990 en raison d’un manque de financements. La maison est sur le point d’être détruite, mais des fonds sont finalement débloqués en 2003 : quatre ans plus tard, la bibliothèque d’État russe a reçu une clé symbolique de la maison Pashkov.

    Aujourd’hui, la maison Pachkov abrite trois départements de la bibliothèque : le département de recherche sur les manuscrits, le département de la musique et des enregistrements sonores et le département de la cartographie. Le complexe culturel et d’exposition de la maison est également un lieu d’accueil pour des événements de toute sorte : des cérémonies de remise de prix, des présentations, des concerts et des soirées musicales sont organisés dans le hall — restauré à l’aide de documents et d’illustrations historiques.

    La maison est également encore célèbre pour ses bals, dont le traditionnel bal de Pâques, des bals de charité et des bals de cadets de l’école militaire de Moscou. Pour les cadets de la garde russe, ces bals sont une tradition, et se déroulent chaque année dans le même lieu. Les archives du collège Sholokhov contiennent beaucoup de matériel historique sur les danses de salon. Les cadets apprennent non seulement la danse, mais aussi l’étiquette du bal, afin de se familiariser avec l’histoire de l’armée : dans la tradition de l’armée russe, un véritable officier se doit de connaître cette culture.

    Des visites de la maison Pachkov sont organisées quotidiennement, sur demande, afin d’en apprendre plus sur ce lieu emblématique de l’histoire de la capitale, ou tout simplement de venir profiter de la vue exceptionnelle sur le Kremlin. Des expositions, en lien avec les collections de la Bibliothèque Lénine et de l’ancien musée Roumyantsev, y sont de plus régulièrement organisées.

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