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    Le ballet russe

    Le ballet russe est plus qu’une dance ou un spectacle. C’est le cœur de la culture russe. Il n’y a pas de Noël sans ballet au même titre qu’il n’y a pas de Noël sans salade « Olivier ». Vous esquissez un sourir, mais c’est la vérité et nous allons vous le prouver.

    Estimation du temps de lecture : 12 minutes

    Histoire du ballet russe

    La naissance du ballet

    Dans le monde de l’art russe, le ballet a joué une place importante depuis son commencement en 1672 lors de la toute première représentation jouée à Maslentisa pour la cour du Tsar Alexeï Mikhaïlovitch. Elle fut entamée par un acteur représentant Orphée chantant des vers flatteurs en allemand pour le Tsar Alexeï. Depuis cette première représentation timide, le ballet s’est grandement développé et a connu une émancipation durant le règne de Pierre Le Grand qui amena la danse en Russie et l’introduit de manière permanente à la cour grâce à un décret. Peu après la fin de son règne en 1735, le Premier corps de cadets de Saint-Pétersbourg, établissement militaire,fut fondé dans la nouvelle capitale de l’Empire Russe [1] par l’impératrice Anne de Russie. Les beaux-arts ainsi que la danse de salon furent ajoutés dans l’enseignement des futurs militaires considérant leur connaissance indispensable pour exercer des fonctions gouvernementales importantes. Ceci contribua à l’importation du ballet dans les hautes sphères du gouvernement russe de l’époque.

    Un des évènements historiques clés pour le ballet se déroula le 4 mai 1738 quand Jean Baptiste Landé, maître de ballet français, devint le premier président de la première école de ballet en Russie : l’École de danse de Sa Majesté Impériale[2]. Installée à l’origine dans des salles spécialement équipées du Palais d’Hiver, Landé reçut l’autorisation de former douze garçons et douze filles russes afin d’en faire la première compagnie de ballet qui, elle, fut créée un peu plus tard en 1742. L’un des jeunes garçons, Nikita Beketov, excellait et devint rapidement le favori de l’Impératrice Élizabeth Ire de Russie.

    Le ballet russe continua son développement sous le règne de Catherine II de Russie pendant lequel elle fit jouer des ballets à la cour, notamment par des nobles. À l’origine sans musique, les mélodies russes furent introduites dans les ballets par le compositeur florentin Gasparo Angiolini en 1766 ce qui révolutionna cet art. Poursuivant sa montée en popularité sous le règne d’Alexandre Ier, le ballet russe doit son succès phénoménal à cette époque à des célébrités comme Charles Louis Didelot, le maître de ballet qui fit briller des ballerines comme Maria Danilova ou encore Evodokia Istomina. Le Tsar Alexandre III, dans la deuxième moitié du XIXe siècle rendit les ballets bihebdomadaires, les mercredis et dimanches.


    [1] Saint-Pétersbourg fut la capitale de l’Empire Russe de 1712 jusqu’en 1917.
    [2] Aujourd’hui « Académie de ballet Vaganova ».

    L’exportation du ballet à l’international

    En 1898, Serge de Diaghilev fonda « Mir iskousstva », une association d’artistes russe afin de prôner un art nouveau et une exportation de l’art russe à l’international. Avec sa compagnie « Ballets russes » fondée en 1907, il enchaina les tournées dès 1709 dans le monde entier notamment à la première à Paris, puis à Londres en 1714, en Amérique du Sud et aux États-Unis en 1917 jusqu’à sa dernière tournée en 1929 à la fin de laquelle il décèdera[3]. Il restera jusqu’à aujourd’hui l’un des pionniers de l’exportation des ballets russes et plus généralement de l’art de la danse à l’international.

    La première guerre mondiale apporta de gros changements dans le monde de la danse russe, notamment à cause de la révolution Bolchevique qui fit fuir de nombreux russes vers les autres pays européens dans lesquels ils n’étaient pas toujours bien vus. Les danseurs, comme de nombreux habitants, fuirent la famine de la révolution et devinrent, pour la plupart, déchus de leur nationalité à cause de mesures prises par le nouveau gouvernement contre les réfugiés dont la situation n’était pas régularisée. Après une période de rejet de l’immigration russe, la bourgeoisie française autour des années 20 commença à montrer un l’intérêt pour l’art russe. Ainsi commença à se développer en France la culture russe, avec de plus en plus de ballets. En 1929, Jacques Rouché à l’époque directeur de l’Opéra de Paris, aidé par Serge Lifar mena en France une réforme de la danse afin de donner une place culminante aux ballets. De nouvelles compagnies émergèrent telle que celle de Ida Rubinstein, ancienne danseuse de la compagnie « Ballets russes », à l’origine de l’œuvre désormais classique du Boléro de Ravel. Ou encore la compagnie des « Ballets russes de Monte-Carlo » fondée par MM. de Basil et Blum en 1932. Néanmoins à partir de 1934, le ballet russe lâcha Paris comme capitale et connut une véritable internationalisation caractérisée par l’ouverture d’écoles de danse partout dans le monde.


    [3] Serge de Diaghilev et sa compagnie firent en tout 21 tournées internationales de 1909 à 1929.

    La seconde guerre mondiale et la chute de l’URSS

    Après une pause artistique durant la seconde guerre mondiale, l’Opéra de Paris fit sa première tournée post-guerre aux États-Unis durant l’été 1948 afin de relancer le monde culturel. Embarqués dans la Guerre-froide, les États-Unis créèrent le Congrès pour la liberté de la culture en 1950. En partie financé par la CIA, son but était de séduire l’Europe et de lui montrer que la culture n’est pas compatible avec le communisme soviétique. Cette propagande américaine se définit principalement par des tournées de ballets. Après avoir vu annulée une de leurs représentations à l’Opéra de Paris pour cause de tensions militaires au Vietnam[4], les danseurs soviétiques se rendirent tout de même à Londres en 1956 dans une ambiance tendue[5]. La tournée fut un succès.

    En 1961, Rudolf Noureev, un danseur de ballet russe, demanda l’asile politique auprès de policiers dans un aéroport. Il était l’un des meilleurs danseurs soviétiques de son époque. Cet évènement fut tristement marquant pour l’URSS qui se sentit profondément humilié. La dernière étape de l’histoire du ballet fut la chute de l’URSS en 1991 qui permit la réelle et finale exportation de l’art russe dans le monde avec la découverte de pièces en Europe et aux États-Unis jusqu’à présent inconnues. Nous pouvons compter parmi elles Romeo et Juliette de Sergueï Prokofiev ou encore La fontaine de Bakhtchisaraï de Rostislav Zakharov. Dès lors, les ballets russes devinrent et restèrent ceux qu’on connait en Europe et dans le monde aujourd’hui.


    [4] « Affaire des ballets soviétiques » dans la presse en 1954.
    [5] Les danseurs soviétiques en tournée à Londres en 1956 étaient accompagnés d’agents du KGB afin qu’ils ne soient pas tentés de rester en Europe.

    Les caractéristiques du ballet Russe

    Le discours du mouvement

    Au-delà d’être une simple représentation, les ballets sont un véritable moyen d’expression. Sans une seule parole, les mouvements de cet art chorégraphique retracent une narration illustrée à l’aide de costumes et de décors. Bien plus que pour la beauté du geste, les pièces jouées sont de véritables dialogues entre les danseurs qui nous conduisent le long du fil rouge de l’histoire racontée.

    L’équilibre des arts

    Le ballet russe contemporain se caractérise principalement par la parité des arts. Le mélange de musique, de peinture et de danse. La collaboration est infinie est fait intervenir de nombreux artistes autres que des danseurs. On retient par exemple le nom de Stravinsky, incontournable compositeur à l’origine de la musique des ballets de Diaghilev L’Oiseau de feu, 1910 ainsi que Petrouchka, 1911 mais aussi Le Sacre du printemps, 1913 qui est considérée comme son œuvre principale.

    Mais aussi le nom de Léon Bakst, peintre costumier accompagnateur des premières heures de la compagnie des « Ballets russes » pour laquelle il fera les décors et les costumes. « Lorsque je produis un ballet, je ne perds de vue à aucun instant chacun de ces trois facteurs. » Cette phrase prononcée par Diaghilev traduit parfaitement l’importance du mélange d’art dans le ballet.

    L’allure des danseurs

    ballet russe

    Les silhouettes dénudées et sculptées sont caractéristiques du ballet russe contemporain. Souvent vêtu que d’un justaucorps et de collants, les ballerines laissent apparaitre une ligne de corps nette, presque athlétique se différenciant des lignes plus douces qui étaient recherchées à l’origine. La danse du ballet nécessite une souplesse de corps importante permettant la réalisation des mouvements de la danse. Une tenue droite, la tête alignée aux épaules une silhouette longiligne est recherchée. L’attitude rigoureuse est un principe fondamental dans cet art. Les pas plus qu’expressifs la rejoignent comme principe essentiel et sont poussés à l’extrémité de leur virtuosité.

    L’origine « russe » des danseurs

    Après le développement du ballet à l’international en grande partie dû à Diaghilev, le caractère de la nationalité russe était un critère important pour les danseurs de ballet. Elle était signe d’éducation artistique et de légitimité pour danser le ballet, elle ajoutait un cachet remarquable au danseur. Elle était tellement convoitée que certains danseurs occidentaux changèrent leurs noms d’origine pour les « russifier ». Parmi tant d’autres on retiendra l’anglaise Alicia Marks qui changera son nom en Alicia Markova.

    Les cinq ballets russes à ne pas manquer

    Don Quichotte, 1869 de Marius Petipa

    Tiré du fameux roman de l’espagnol Cervantès, le ballet de Don Quichotte raconte les aventures du personnage du même nom, de son fidèle écuyer Sancho Panza et de son cheval Rossinante. Elle est cependant centrée sur l’histoire de deux jeunes amoureux : Quiterie – fille de l’aubergiste du village et Basilio – jeune barbier sans argent rejeté par le père de sa bien-aimée. Don Quichotte va cependant participer à l’histoire afin de rendre leur amour possible. Pour cela il mène une quête à travers la campagne espagnole de Castille-La-Manche. Débordant d’humour dans une lutte contre des moulins, cette pièce présente des décors et des costumes colorés qui nous rappellent son origine hispanique.

    Le Lac des cygnes, 1875 de Marius Petipa et Lev Ivanov[1]

    Cette pièce fut chorégraphiée sur une musique de Tchaïkovski en 1875. Ayant rassemblé sa famille pour fêter son anniversaire, la Reine, mère du jeune Prince Siegfried organise un bal durant lequel il devra choisir sa futur épouse. Ne pouvant choisir sa futur épouse par amour, il s’enfuit dans la forêt et y trouve un groupe de cygnes. Parmi eux se trouve la jeune princesse cygne Odette qu’il se décide à épouser. Cependant, le sorcier Von Rothbart n’est pas de cet avis et décide de l’en empêcher en le trompant dans son choix d’épouse le lendemain durant le bal. Le Lac des cygnes met en scène cette histoire d’amour tourmentée qui est désormais incontournable. Il est le ballet russe le plus joué au monde.

    Casse-Noisette, 1891 de Lev Ivanov

    ballet russe

    Sur une musique de Tchaïkovski, les trois tableaux mettent en scène une adaptation du roman d’Alexandre Dumas Casse-Noisette et le Roi des souris (En russe : щелкунчик). Elle raconte l’histoire d’une jeune fille allemande, Carla Stahlbaum, qui reçoit le soir de Noël un casse-noisette en forme de bonhomme. Elle se fait emporter dans une épopée nocturne durant laquelle elle fait face à une armée de souris. Casse-Noisette se transforme finalement en Prince et vient à son secours pour la sauver de ce mauvais rêve et l’emmener dans son royaume de friandises rencontrer la Fée Dragée. Apportant de l’imagination, de la magie et de l’amour, c’est une pièce marquant chaque année la période des fêtes en Russie.

    Note d’Alexandre de Russie

    Casse-noisette est le ballet ultime qu’il faut absolument voir une fois dans sa vie au Bolchoï ou au Mariinski. Même si le ballet n’est pas votre truc, celui-ci sort de l’ordinaire, car les musiques sont encrées dans la culture. Vous vous direz « ah oui je connais » sans savoir que c’est Tchaïkovski.

    L’Oiseau de feu, 1910 de Michel Fokine[2]

    Pièce orientale, c’est la première du compositeur Stravinsky. Elle raconte, en deux tableaux, l’histoire d’un héros du folklore russe : Ivan Tsarévitch, qui se lance à la poursuite d’un oiseau rencontré dans la forêt pour l’attraper. Le capturant, il lui rend sa liberté contre une plume magique. Il rencontre alors une princesse, fille du terrible Roi Kachtcheï l’immortel qui le menace de le changer en pierre. L’Oiseau apparait alors pour le secourir et le débarrasse du roi et de ses servants. Ivan fini par se faire couronner Tsar aux cotés de sa bien-aimée princesse. Cette œuvre a grandement contribué à faire naitre et grandir la popularité de son compositeur Stravinsky et des ballets russes.

    Petrouchka, 1910 de Alexandre Benois[3]

    Sur une musique de Stravinsky, ce ballet fut chorégraphié pour la première fois en 1911 par le fameux Michel Fokine. Elle est découpée en quatre tableaux qui racontent l’histoire de trois pantins adoptant tous les trois des styles de danse différents et parmi lesquels on compte Petrouchka. Ils prennent vie sous la main d’un Mage et se mettent à danser. Le ballet raconte les mésaventures amoureuses du pantin qui tente désespérément de séduire la Ballerine, un autre des pantins. La scène se déroule durant la « Semaine grasse », Maslenitsa en russe, une ancienne fête païenne célébrée pour fêter l’entrée dans le Grand Carême orthodoxe, une période d’approfondissement de la foi. Les décors reproduisent donc l’ambiance de cette tradition si ancrée dans la culture slave. Cette pièce est, elle aussi, une des pièces maîtresses de la culture du ballet russe.


    [1] La chorégraphie originale du ballet avait été faite par Julius Wentsel Reisinger en 1875 avant d’être revu et modifié en 1895.
    [2] À la demande de Serge de Diaghilev
    [3] Chorégraphiée par Michel Fokine

    Extrait de casse-noisette au Bolchoï avec la plus belle des musiques
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