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    Jouets de Dymkovo

    À un peu moins de 1000 kilomètres à l’est de Moscou, se trouve la ville de Kirov. Cette ville de 500 000 habitants, à l’architecture typique des villes russes, est située le long de la rivière Viatka. C’est sur la berge opposée à la ville de Kirov qu’est né cet Art populaire. Aujourd’hui, du village historique de Dymkovo, il ne reste plus qu’une petite plage et des maisons en bois. Il s’agit du berceau des célèbres jouets d’argile.

    C’est un destin tragique qui est à l’origine de ces jouets. En effet, c’est en 1418 qu’apparaît la première création de ces objets. À cette date, une grande bataille meurtrière a opposé les habitants de la région de Viatka à ceux de la ville de Veliki Oustioug et a laissé de nombreux orphelins à Kirov. Ces jouets sont parfois appelés également jouets de Viatka ou jouets de Kirov.

    Temps de lecture estimé : 8 minutes

    L’origine des jouets de Dymkovo

    Afin de réconforter les enfants de Dymkovo de la perte de leurs parents, des habitants leur ont fabriqué des jouets qui étaient des figurines mais également des sifflets, tous en terre cuite. Les figurines fabriquées étaient petites afin que les enfants puissent les tenir dans leurs mains et jouer.

    Une affaire de femmes…

    Dès l’origine, le travail est exclusivement féminin. C’est en plus de leur travail quotidien que les femmes reproduisaient, à la fois pour faire plaisir mais également pour se distraire, ce qu’elles voyaient : des aristocrates, des enfants, des animaux… C’est peu à peu qu’elles se sont mises à vendre cet Art populaire si typique. Au fil des siècles, le secret de la fabrication s’est transmis de mère en fille. En 1811, le général Nikolai Khitrov, décrit pour la première fois cet Art féminin si coloré déjà pour son l’époque.

    Pourtant, cet art a failli disparaître dans les années 1920 après la Révolution Bolchevique. Une femme, Anna Afanassievna Mezrina, a réussi à sauver, à relancer et à faire perdurer à elle seule cet artisanat. Cet Art a réussi à résister à toutes les crises. Lors de la Seconde Guerre Mondiale, après avoir été abandonné, la production a été relancée. Avec la chute de l’URSS en 1991, paradoxalement, la fabrication a été de plus en plus importante. En effet, les couturières n’avaient plus de commandes et elles se sont souvent reconverties dans la fabrication des jouets de Dymkovo. En outre, avec la fermeture en masse d’usines, la crise des banques, les jouets servaient de monnaie d’échange dans les systèmes du troc. Actuellement, plus d’une cinquantaine de femmes fabriquent ces jouets, toujours à Kirov. Certaines travaillent à leur propre compte souvent chez elles et d’autres travaillent dans des coopératives de production (les artels). Pourtant, les artisans sont vieillissants et les jeunes ne sont plus attirés par cet artisanat qui reste peu rémunérateur.

    dymkovo

    Les différentes étapes de fabrication

    Le jouet Dymkovo est un objet unique artisanal. Il n’existe pas et il ne peut pas y avoir deux produits absolument identiques.

    La matière première

    Dès leur origine ces objets ont été fabriqués à base d’argile rouge vif mélangé avec du sable brun de la rivière Viatka. Le sable est ramassé au printemps, après les crues afin qu’il soit le plus propre possible pour qu’il ne se fissure pas pendant la cuisson. Ces deux ingrédients sont mélangés, pétris longuement puis on rajoute de l’eau.

    L’objet

    Puis la pâte obtenue est coupée en boules et mise dans des moules qui vont donner la forme définitive au jouet. Après séchage, l’objet obtenu est travaillé au couteau afin d’enlever les surplus d’argile. Puis, un léger polissage, à l’aide d’un chiffon humide est pratiqué afin qu’il soit lisse et uniforme.

    dymkovo

    Le séchage

    Un temps de séchage de deux jours est nécessaire et ces pièces moulées sont assemblées entre elles avec de l’argile rouge liquide. Après un nouveau temps de séchage, l’objet est à nouveau lissé pour donner au produit une surface plane. Le séchage complet dure, en fonction de l’objet et de la météo, entre deux et une trentaine jours. Il est alors cuit pendant 2 à 3 heures dans un four entre 700 et 900 degrés.

    Le blanchiment

    Le produit virant au rouge-brun après cuisson, la figurine doit être blanchie. Les pièces sont alors plongées dans une solution de craie, finement broyée au préalable, et de lait. Cette opération est reproduite deux à trois fois et uniformise la surface du produit.

    La peinture

    Autrefois, les peintures étaient à base de pigments naturels mélangés à du jaune d’œuf et du kvas (boisson aigre traditionnelle obtenue par fermentation de farine, de malt, ou de pain de seigle). Des plumes et des bouts de bois servaient à la décoration du jouet. Après séchage, et pour le rendre brillant, l’objet était recouvert à nouveau par de l’œuf. Les couleurs étaient nombreuses et vives : rouge, jaune, vert, bleu, marron, rose, noir. Les artisanes commençaient par les peintures les plus claires. Aujourd’hui, les colorants artificiels (aniline) et les pinceaux sont utilisés pour peindre. Les artistes utilisent toujours les mêmes palettes de couleur variées et éclatantes qu’autrefois.

    Une peinture décorative

    Les motifs géométriques ont toujours été utilisés pour peindre les jouets de Dymkovo. Chaque artisane peint les motifs selon son inspiration et même si certains décors reviennent parfois dans les jouets, ils restent des pièces uniques. Ainsi, on retrouve souvent des motifs comme des cercles, des rayures, des points, des lignes droites, des étoiles, des éléments végétaux, des traits bleus ondulés qui représentent l’eau… Cet ornement peut être unicolore ou multicolore et également décoré de feuilles d’or.

    Les différents types de jouets de Dymkovo

    Les sifflets

    Les sifflets sont l’un des jouets symboliques fabriqués dès le XVe siècle. Donnés aux orphelins de Dymkovo, afin de les distraire, ils sont à l’origine de la fête de la danse des sifflets. Chaque année, au printemps, les habitants honoraient le matin lors d’une messe leurs ancêtres disparus, puis l’après-midi, ils s’amusaient. Les habitants se réunissaient, sifflaient en déambulant dans les rues. Ces sifflets étaient soit noirs soit rouges. Puis, les artisanes ont vu de la porcelaine chez les maîtres, elles ont alors adopté le fond blanc et ont décoré les sifflets. Un concours de siffleur avait lieu chaque année. Les jouets étaient et sont toujours fabriqués en forme de cheval, de cavalier, de vache, d’oiseau, etc.

    Les figurines humaines

    Petites à l’origine afin de tenir dans la main des enfants, les figurines ont désormais des tailles variées. Ces figurines sont souvent des représentations féminines. Elles sont peintes et représentées en vêtements traditionnels colorés et mettent en scène les femmes russes dans leurs activités quotidiennes. Ainsi, on retrouve des mères avec leurs enfants, des porteuses d’eau, des cuisinières, et même des conductrices de voitures. On retrouve également des représentations d’hommes qui sont des pêcheurs, des cavaliers sur différents animaux, bien entendu sur des équidés, mais également sur des coqs, des cerfs, des oiseaux etc.

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    Les animaux

    Les représentations animales sont nombreuses et empruntent à la fois aux animaux domestiques et aux animaux sauvages. Toujours peints de couleurs vives, ils représentent des dindes, des poules, des béliers aux cornes d’or, des chevaux, des bœufs, des chèvres, des cerfs, des ours, des baleines… C’est toute la faune russe qui est représentée.

    Les autres représentations

    Suivant leur inspiration, les artisanes représentent leur époque même si cet art populaire garde sa tradition originelle. Ainsi, à l’époque soviétique, les artistes aimaient piocher dans le thème des succès scientifiques et spatiaux : un homme et une femme en scaphandre sous un pommier, la représentation de Youri Gagarine sont recherchés chez les collectionneurs. Des scènes anecdotiques de la vie des artisanes trouvaient également une traduction dans leur art. Ainsi Zoïa Penkina, créatrice de jouets de mère en fille a représenté son premier voyage dans le métro de Moscou. Elle a créé la figurine d’une femme agitée, coincée par un tourniquet à l’entrée d’une station sous le regard d’une personne âgée tout aussi émue.

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    Où découvrir cet artisanat ?

    Depuis Moscou, la ville de Kirov est accessible en train de nuit, mais il faut compter 13 heures de trajet.

    À Kirov, il suffit de se promener dans la ville pour rencontrer de nombreuses artisanes et leurs productions. Néanmoins, trois lieux sont à privilégier :

    • Le musée régional des traditions locales de Kirov est ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h30. Avant une visite vous pouvez les contacter par téléphone au +7 833 238-28-68 ou par mail ofis@muzey43.ru . Vous pouvez également consulter leur site Internet www.muzey43.ru
    • La fabrique du jouet de Dymkovo et son musée est ouvert de juin à août (du lundi au vendredi), de septembre à mai (du mercredi au dimanche) ; de 10h à 18h. Avant une visite vous pouvez les contacter par téléphone au +7 833 238-39-53 ou par mail dymkatoycxp@mail.ru. Vous pouvez également consulter leur site Internet www.dymkatoy.ru
    • Le centre d’artisanat populaire « Viatka » est ouvert sur inscription. Vous pouvez réserver par téléphone au +7 833 235-28-28 ou par mail center.vyatka@gmail.com. Vous pouvez également consulter leur site Internet : www.vyatskoeremeslo.ru.

    En Russie, de nombreuses expositions temporaires ont lieu à Kirov, Moscou ou encore Saint-Pétersbourg.

    A l’international, le jouet de Dymkovo est exposé aux Etats-Unis au Japon ou encore en Suisse.

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