La Russie et la France: De Pierre le Grand à Lénine de Hélène Carrère d’Encausse

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La Russie et la France: De Pierre le Grand à Lénine de Hélène Carrère d'Encausse
La Russie et la France: De Pierre le Grand à Lénine de Hélène Carrère d'Encausse

« La Russie et la France: De Pierre le Grand à Lénine » de Hélène Carrère d’Encausse publié aux éditions Fayard en Novembre 2019. 448 pages.

Présentation du livre par les éditions Fayard

Quel roman que celui de la longue relation – trois siècles – qui tant de fois attira, unit, opposa, réconcilia la Russie et la France  !

La Russie, État-continent qui s’étend en Europe et en Asie, s’est toujours revendiqué puissance européenne. Et l’Europe, pour la Russie, fut d’abord et toujours la France. Celle de Louis XIV, des Lumières, de la Révolution et de l’Empire, des idées, de la langue, de la culture, de la liberté et de la puissance. Durant trois siècles, cette France a fasciné tous les souverains Romanov, acharnés à s’en faire reconnaître, accepter, aimer, à se voir accorder le statut de puissance égale de la France.

La France y opposa durablement méfiance et hostilité, voyant dans la Russie un pays attardé, barbare, étranger à l’Europe et dangereux, avant de s’y allier lorsque le puissant Empire allemand lui imposa ce tournant. Durant trois siècles, la relation heurtée de ces deux pays a constitué une part essentielle de l’histoire européenne avant de sombrer dans le grand cataclysme de la Première Guerre mondiale.

Cet ouvrage reconstitue cette longue relation franco-russe, il a aussi pour but d’en rechercher les constantes et peut-être un éclairage pour un présent inquiétant et difficile.

A propos de l’auteur

Historienne de la Russie, Hélène Carrère d’Encausse est membre de l’Académie française depuis 1991, où elle a été élue secrétaire perpétuel en 1999.Hélène Carrère d’Encausse a reçu le prix Aujourd’hui pour L’Empire éclaté (Flammarion) en 1978, le prix Louise-Weiss en 1987, et le prix Comenius, en 1992, pour l’ensemble de son oeuvre. Sa biographie de Nicolas II (Fayard, 1996) a obtenu le prix des Ambassadeurs en 1997. Hélène Carrère d’Encausse a publié de nombreux ouvrages, notamment, La Gloire des nations (Fayard, 1990), Victorieuse Russie (Fayard, 1992), Le Malheur russe (Fayard, 1988), Lénine (Fayard, 1988), Catherine II (Fayard, 2002), L’Impératrice et l’abbé (Fayard, 2003) et L’Empire d’Eurasie (Fayard, 2005), et Alexandre II, le printemps de la Russie.

Une longue suite d’embrassades et de malentendus. À lire le dernier essai d’Hélène Carrère d’Encausse, c’est ainsi que l’on pourrait décrire la relation franco-russe, de Pierre le Grand à Lénine. Comme dans un vieux couple instable, l’attirance se transforme souvent en défiance larvée. Pour l’académicienne, petite-fille d’émigrés russes, née apatride et devenue française à 21 ans, « la Russie a toujours fait peur à l’Europe ». Certes, la Russie est fondamentalement européenne car « elle se sent européenne » depuis Tolstoï, Dostoïevski et Pouchkine. Le problème, c’est que « ce n’est plus en Europe que se fait l’histoire ».

C’est avec l’arrivée de la dynastie des Romanov que la Russie se tourne véritablement vers l’Occident. À ses yeux, la France devient le symbole du rayonnement européen. Avec la visite de Pierre le Grand en France, en 1717, les deux partenaires apprennent à se connaître. Le tsar voulut voir l’Observatoire, le Jardin des Plantes et la Monnaie de Paris. Il fut aussi frappé par le contraste entre la pauvreté des paysans et le luxe de la capitale. Il se demanda même combien de temps un tel système inégalitaire pourrait durer… Sa tentative d’alliance avec la France échouera, toutefois, en 1724.

Féru de géographie, Louis XVI accepte, à son tour, de faire entrer la Russie dans le concert européen. Mais là encore, l’entente franco-russe se fissure sur l’annexion de la Crimée. Indignée par la Révolution française, Catherine II s’étonne de la faiblesse d’un roi qui ne parvient pas à « disperser la canaille ». À sa suite, l’alliance franco-russe nouée entre Alexandre Ier et Napoléon, avec l’aide de Talleyrand, ne durera que cinq ans. Malgré sa fidélité à l’esprit des Lumières et sa « francophilie intellectuelle », le tsar n’aura de cesse que de briser l’empire napoléonien. Chaque fois, les deux partenaires « s’estiment floués ».

LE FIASCO DES EMPRUNTS RUSSES
« Nos deux pays sont liés par une amitié indestructible », assure encore le tsar Nicolas II, venu poser la première pierre du pont Alexandre III à Paris, en 1896. Voire… Deux ans après l’Exposition universelle, la ruée des épargnants français sur les emprunts russes, encouragée par une habile propagande, se solde au final par un fiasco. « Des millions d’épargnants français ont été ruinés par la non-reconnaissance des emprunts russes par Lénine, et ce contentieux va peser durant des décennies sur la relation franco-russe. »

En 1917, la révolution russe écarte irrémédiablement l’Etat-continent de l’Europe. Le rêve de révolution mondiale de Lénine s’écroule. Encore une fois, la Russie se retrouve isolée. Certes, la France soutiendra l’entrée de la Russie à la Société des nations en 1934. François Mitterrand défendra l’idée de la « maison commune européenne » avec Mikhaïl Gorbatchev. Et Emmanuel Macron invite Vladimir Poutine à Versailles en 2017 pour renouer le dialogue. Mais depuis Pierre le Grand, la Russie peine à vaincre la défiance de l’Occident. Comme si ce couple maudit était condamné aux rendez-vous ratés…

2019-11-25T17:14:39+00:00 25 novembre 2019|Littérature|